mardi 8 décembre 2009

Nicolas Sarkozy prone le métissage


En plein coeur d'un débat menacé de dérapage et critiqué à gauche comme à droite, Nicolas Sarkozy a défendu mardi sa conception de l'identité nationale comme "antidote au communautarisme" et a mis en garde contre toute "provocation" dans les pratiques religieuses.

Alors que les députés s'apprêtaient à entrer dans la discussion en fin d'après-midi, le chef de l'Etat, qui avait laissé vendredi son Premier ministre François Fillon s'exprimer à sa place, est sorti de son silence dans une tribune au quotidien Le Monde pour tenter de la recadrer.

Très attendu sur la question, qui a enflammé le débat en France, Nicolas Sarkozy s'est d'abord refusé à critiquer le vote des Suisses contre les minarets, estimant qu'il reflétait des "préoccupations" largement partagées.

Identité nationale: les députés en discutent à... Minarets: Brice Hortefeux rappelle que la "France... Identité nationale: Jean -François Kahn (MoDem)... Appel d'intellectuels à relayer la demande de... "Au lieu de condamner sans appel le peuple suisse, essayons aussi de comprendre ce qu'il a voulu exprimer et ce que ressentent tant de peuples en Europe, y compris le peuple français", qui "sont accueillants, sont tolérants (...) mais ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés", a-t-il écrit.

A l'inverse de son ministre de l'Industrie Christian Estrosi, le chef de l'Etat ne s'est pas prononcé clairement contre les minarets mais a appelé tous les croyants à "se garder de toute ostentation ou de toute provocation".

S'il a assuré aux Français musulmans qu'il ferait "tout pour qu'ils se sentent des citoyens comme les autres", il les a avertis que "dans notre pays où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde (...) tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l'échec l'instauration si nécessaire d'un islam de France".

Une allusion au port de la burqa, dont il avait déjà dit à la mi-novembre dans la Drôme, qu'elle n'avait "pas sa place" en France.

Nicolas Sarkozy s'en est aussi pris aux "réactions excessives" suscitées par le vote suisse. Elles cachent une "méfiance viscérale pour tout ce qui vient du peuple", comme celles "qui ont accueilli le rejet de la Constitution européenne en 2005", a-t-il estimé.

"Comment s'étonner du succès des extrêmes quand on ne prend pas en compte la souffrance des électeurs ?", s'est interrogé le chef de l'Etat, en reprenant l'argumentaire de sa campagne présidentielle de 2007 qui lui avait permis de rallier de nombreux électeurs du Front national.

Insistant sur le "besoin d'appartenance" exprimé par le vote suisse, il a justifié une nouvelle fois le débat sur l'identité nationale, un "antidote au tribalisme et au communautarisme".

Contre le "communautarisme", défini comme le "choix de vivre séparément", il a défendu le "métissage" et "la volonté de vivre ensemble", insistant sur l'obligation de "respecter ceux qui arrivent" comme "ceux qui accueillent".

Après celle de François Fillon vendredi, la mise au point du président est intervenue peu avant le débat prévu à l'Assemblée sur ce thème, de plus en plus controversé après le dérapage public d'un maire UMP.

Aux voix outrées de la gauche qui, comme Claude Bartolone (PS), n'y ont vu qu'un "amalgame insupportable entre immigration et identité nationale" se sont ajoutées les réticences d'une partie de l'UMP. L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a ainsi réclamé "plus de rigueur intellectuelle" pour "éviter le populisme".

Premier à réagir mardi, le président du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon a dénoncé dans la sortie présidentielle "un acte d'escalade dans les surenchères identitaires franchouillardes".

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