vendredi 10 décembre 2010

L’Aube dorée se lève sur Athènes

L’Aube dorée se lève sur Athènes 

 

Athènes est devenue le lieu de grandes ratonnades. L’«extrême-droite» est suspectée d’être l’instigatrice d’une vague de violence contre des immigrés musulmans. Ce phénomène qui explose surtout dans les quartiers populaires, est en augmentation. Les forces de police sont en alerte. Des immigrés ont même été frappés et poignardés dans le centre de la capitale grecque. Plusieurs mosquées de fortune ont été incendiées et vandalisées. Parmi toutes ces attaques particulièrement violentes qui se sont déroulées fin octobre, l’une est tout à fait saisissante : les assaillants ont fermé la porte d’un sous-sol servant de salle de prière et ont jeté des bombes incendiaires à travers les fenêtres. Il y eût quatre Musulmans blessés. La Grèce connaît donc un cauchemar pire que le scénario de la crise économique. 

«Les attaques sont constantes. Je n’ai jamais vu pareille chose», se plaint Naim Elghandour, président de l’Association des Musulmans de Grèce, qui a quitté l’Égypte dans les années 1970. «J’avais l’habitude d’être traité comme un être humain. Maintenant je fais même l’objet de menaces de mort» (International Herald Tribune du 1/12/10). La situation ne cesse d’empirer depuis deux ans. Prenant en considération le mécontentement et la détresse croissante de la population, Chrysi Avgi (Aube dorée) a obtenu 5,3% aux élections municipales d’Athènes qui se sont déroulées le 7novembre. Ce groupe national-socialiste a remporté pour la première fois de son histoire un siège au conseil municipal, alors que ses scores ne dépassaient pas les 0,5% dans les années 2000 lors de consultations nationales. Ce parti politique bénéficie d’un important soutien dans les classes ouvrières athéniennes et dans le reste du pays, où les immigrés sont perçus comme des assistés en partie responsables de la dette nationale. La presse n’a pas manqué d’établir un lien entre ces violences et le groupe d’«extrême-droite», car des croix celtiques ont été retrouvées sur des bâtiments ayant fait l’objet d’attaques. Mais il s’agit là d’indices et non de preuves. N’en déplaise aux démocrates. La police n’a pas confirmé cette connexion, argumentant qu’aucune arrestation n’avait été effectuée. Thanassis Kokkalakis, le porte-parole de la police, attire l’attention sur la complexité du problème. Selon lui, pendant que l’on accuse des «éléments extrémistes d’organiser les attaques, nous observons aussi une augmentation des actes de violence entre les différents groupes ethniques, des agressions de Grecs par des étrangers vivant dans la pauvreté ainsi que des rixes entre des partisans de l’extrême-droite et des manifestants des partis de gauche». «Tout ce chaos provient d’une population immigrée en constante hausse dans certains quartiers. Chaque jour, environ cent cinquante immigrés clandestins arrivent à Athènes, et ce malgré la mobilisation des gardes de l’Union européenne au début de novembre le long de la frontière turque. Ce qui contribue au sein de la population à des mécontentements profitant aux groupes extrémistes», ajoute T. Kokkalakis. 

Confrontés à cette montée de la violence, les résidents des quartiers populaires émettent des avis partagés. Certains veulent plus de dialogue et une meilleure politique d’intégration, pendant que d’autres demandent une plus grande répression. Il est remarqué que des petits gangs d’adolescents hantent aussi les quartiers populaires; mais il est difficile de savoir si ce sont des bandes locales ou si ce sont des extrémistes en herbe très dangereux. N’en doutons pas! A la suite de rapports émanant de groupes d’autodéfense concernant des attaques organisées par des adolescents de quatorze ans, la police a intensifié ses patrouilles. «J’ai vu trois gosses tabasser à coup de bâton un Afghan dont le visage était ensanglanté», atteste le patron syrien d’un magasin à Aghios Panteleimonas, dans la région maritime de l’Elide. Craignant les représailles de l’«extrême-droite», l’homme précise que «beaucoup de personnes n’osent pas témoigner. Le nombre des agressions demeurent approximatif». «Les victimes ont peur d’aller à la police pour porter plainte», appuie Thanassis Kourkoulas, le porte-parole de Deport Racism, une association qui donne des conseils sur les droits des immigrés. «Les crimes racistes contre les Musulmans sont sous-évalués et sous-enregistrés», avance Taskin Soykan, militant antiraciste et conseiller de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. 

Le mois dernier, des manifestants en colère lançant des propos considérés comme extrémistes, ont été contenus par les forces de l’ordre quand des milliers de Musulmans se sont rassemblés sur plusieurs places d’Athènes pour célébrer la fête de l’aïd. Des policiers ont dû tirer des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants, alors que des résidents scandaient des slogans antimusulmans depuis les balcons des appartements, jetaient des œufs et mettaient de la musique pour perturber les prêches. Le jour suivant, les représentants du gouvernement ont reparlé d’une ambition en perte de vitesse: la construction d’une mosquée déjà prévue depuis le début des années 1990. Zaha Hadid, une architecte anglo-irakienne de renommée mondiale et célèbre pour ses créations ultramodernes, s’est dit prête à réaliser les plans gratuitement. Car Athènes est la seule capitale des quinze premiers pays membres de l’Union européenne à ne pas avoir de mosquée officielle. Et il est vrai qu’en ces temps de crise, la Grèce pourrait avoir besoin d’une aide prophétique! Bien que la hiérarchie de l’Église orthodoxe apporte son soutien à cette grande et belle entreprise de fraternité entre les peuples et les cultures, les sondages d’opinion montrent que la moitié des cinq millions d’Athéniens sont opposés à l’édification d’une mosquée pour servir une communauté musulmane forte de cinq cent mille habitants (dans la capitale). «Une grande mosquée avec des minarets dans le centre de la ville serait une provocation», vitupère Dimitros Pipikios, chef de file d’un groupe de résidents à Aghios Panteleimonas, où le parti nationaliste recueille à présent 20% des voix. Il pense que pour apaiser les tensions la seule solution serait de déplacer les immigrés: «Il n’y a pas assez de place pour tous ici. De plus, des groupes d’extrême-droite patrouillent dans les quartiers d’immigrés parce que la police ne fait pas son travail». 
Certains habitants de la capitale hellène se sentent en insécurité: «La situation échappe à tout contrôle», commente Maria Kanellopoulou, qui pense que «le déplacement des populations immigrées est une mauvaise solution», et se positionne pour «une meilleure politique d’intégration». Le porte-parole de Giorgios Kaminis, le nouveau maire d’Athènes, argue que «les autorités locales veulent s’attaquer au problème. Chasser les immigrés loin des centres de la ville est une technique de l’extrême-droite. Nous cherchons des solutions auprès des autorités municipales allemandes qui mènent aussi campagne contre les néo-Nazis». Pour ce faire, le maire d’Athènes qui entend promouvoir «bien-être et prospérité» dans la capitale, veut construire des maisons pour les immigrés et mettre en place des marchés dans les rues. Il dit préférer cette méthode aux ventes illégales qui ont lieu sur les trottoirs. Liz Fekete de l’Institute of Race Relations à Londres, se prononce surtout en faveur de la répression, contre l’extrême-droite bien entendu. Le gouvernement doit condamner la violence et faciliter l’intégration: «Si les autorités n’agissent pas, la tolérance de la population à l’égard de la violence s’accroîtra. Il s’agit d’un cri d’alarme». Charles Maurras qui fut envoyé dans la capitale grecque par la Gazette de France pour couvrir les premiers Jeux Olympiques de 1896 et qui décrivait les charmes de l’Athènes moderne dans Anthinea, serait bien en peine de découvrir aujourd’hui tout ce spectacle liant une fois de plus démocratie, cosmopolitisme et décadence. 

Laurent BLANCY.
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