jeudi 16 décembre 2010

Le premier ministre kosovar au cœur d'un scandale de trafic d'organes

Le premier ministre kosovar au cœur d'un scandale de trafic d'organes 

L'information a été révélée mardi 14 décembre dans l'après-midi sur le site Internet du quotidien britannique The Guardian, et elle risque de faire des vagues. Le premier ministre kosovar Hashim Thaçi est mis en cause par un rapport rendu public mardi à Strasbourg. Le Conseil de l'Europe y révèle que des responsables de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), le mouvement indépendantiste kosovar albanais, actif à la fin des années 90, se sont livrés à un trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes en 1999 et 2000. L'UCK, considéré comme un allié des forces internationales, avait joué un rôle important au cours du conflit qui opposait l'OTAN à la Serbie.
Selon Dick Marty, auteur de ce rapport commandé par l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) et qui se base entre autres sur des documents du FBI et d'autres agences de renseignement, le trafic était contrôlé par un groupe de responsables de l'UCK baptisé "Groupe de Drenica", dont le chef n'était autre que l'actuel premier ministre kosovar Hashim Thaçi. Celui-ci et d'autres membres de ce groupe "sont constamment qualifiés 'd'acteurs clés' dans les rapports des services de renseignement consacrés aux structures de type mafieux de la criminalité organisée du Kosovo", note le rapport, qui reprend notamment les accusations portées en 2008 par l'ancien procureur du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie, Carla del Ponte.
UNE ACTIVITÉ POURSUIVIE "JUSQU'À NOS JOURS"
M. Thaçi, arrivé en tête aux élections législatives de dimanche, fut l'un des chefs de l'UCK lors de la lutte contre les forces du président yougoslave Slobodan Milosevic. Le rapport souligne la "responsabilité" des dirigeants du Groupe de Drenica dans "la gestion du réseau ad hoc de centres de détention de l'UCK sur le territoire albanais et la fixation du sort des prisonniers détenus dans ces établissements, et notamment des nombreux civils enlevés au Kosovo et conduits, au-delà de la frontière, en Albanie".
"De nombreux indices semblent confirmer que […] des organes auraient été prélevés sur des prisonniers dans une clinique en territoire albanais, près de Fushë-Krujë (20 km au nord de Tirana), pour les transporter ensuite à l'étranger à des fins de transplantation, affirme Dick Marty. Selon le rapporteur suisse, "cette activité criminelle, qui s'est développée en profitant du chaos régnant dans la région et grâce à l'initiative de certains chefs des milices de l'UCK liés au crime organisé, s'est poursuivie, bien que sous d'autres formes, jusqu'à nos jours".
Dans ce document de 27 pages, Dick Marty évoque notamment "un centre de réception dernier cri pour le crime organisé du trafic d'organes", près de Fushë-Krujë. Selon les témoignages recueillis par la mission Marty, les prisonniers étaient tués d'une balle dans la tête avant d'être "opérés pour qu'un ou plusieurs organes leur soient prélevés". Il s'agissait principalement du prélèvement posthume de reins qui étaient vendus à des cliniques privées étrangères.
Parmi les membres de ce réseau criminel, le rapport identifie une figure historique de l'UCK, Shaip Muja. Ce chirurgien de formation est actuellement conseiller politique principal auprès du cabinet du premier ministre du Kosovo, notamment chargé de la santé.
DES ACCUSATIONS "INACCEPTABLES"
Le rapport met également en cause la communauté internationale, qui a préféré fermer les yeux sur un certain nombre d'exactions, et favoriser le "pragmatisme" pour instaurer la paix et garantir la stabilité politique de la région.
Le gouvernement kosovar a immédiatement riposté, estimant que le rapport se basait sur "des faits sans fondement, inventés, avec pour objectif de nuire à l'image du Kosovo". "Le gouvernement du Kosovo et le premier ministre Hashim Thaçi entreprendront toutes les démarches et actions nécessaires pour écarter les mensonges de Dick Marty, y compris par des moyens légaux et politiques", indique-t-il dans une déclaration.
Même les opposants politiques de Thaçi ont dénoncé le rapport qui salit, selon eux, la lutte des Kosovars pour leur indépendance. "Pour ce qui est de la guerre menée par l'UCK, les accusations sont inacceptables", a estimé Burim Ramadani, secrétaire général de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK). "Le rapport montre quel genre de pays est le Kosovo maintenant et qui le dirige, et nous devons tous ensemble sérieusement nous pencher sur le règlement de cette question difficile", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.
Le porte-parole du procureur serbe pour les crimes de guerre Bruno Vekaric a déclaré mercredi matin que ce rapport représentait "une grande victoire pour la justice". "Grâce à l'aide du président [serbe] Boris Tadic et aux efforts et la persévérance de la justice serbe, nous sommes parvenus à la victoire et avons donné l'espoir aux familles des personnes kidnappées et des disparus", a-t-il ajouté. Le ministre serbe des affaires étrangères, Vuk Jeremic, en visite à Moscou, s'est quant à lui interrogé mercredi sur "l'avenir" d'Hashim Thaçi.
Le rapport de M. Marty doit être discuté jeudi en commission du Conseil de l'Europe. En cas d'adoption, il sera présenté fin janvier devant l'APCE.
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/12/15/le-conseil-de-l-europe-accuse-l-uck-de-trafic-d-organes_1453524_3214.html#xtor=AL-32280397

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